Le diabète et les maladies cardiovasculaires à la Réunion

Entre 70 000 et 80 000 personnes présentent un diabète à l’île de la Réunion, département français de l’Océan Indien situé en zone tropicale. Actuellement, la population multiculturelle de l’île est forte de presque 800 000 habitants : 14,8 % du groupe des 18 à 69 ans est diabétique et dans 1/3 des cas, le diabète n’est pas connu [1].

 

Après l’âge de 30 ans, la prévalence de diabète connu (10,2%) est 3 fois supérieure à celle de la France métropolitaine (2,9%) [2]. Parmi les jeunes de 18 à 29 ans, 2,5% sont diabétiques, mais seulement ¼ d’entre eux sont connus. La prévalence atteint 34,3 % des hommes et 40 % des femmes âgés de 60 et à 69 ans. Les complications du diabète sont majeures et représentent un réel problème émergent de santé publique : cardiopathie ischémique, néphropathie et insuffisance rénale, amputations des membres inférieurs, accidents vasculaires cérébraux.

 

Ces chiffres sont en constante augmentation, du fait, d’une part du vieillissement attendu de la population encore jeune actuellement (40% de jeunes de moins de 20 ans) et en pleine expansion démographique (plus d’1 million d’habitants prévus en 2020), d’autre part de l’augmentation des facteurs de risque que représentent l’obésité et le syndrome métabolique. Ce fait n’est pas isolé, mais est plus marqué à la Réunion, comme dans d’autres régions, telles que l’île Maurice. Dans les pays européens, la prévalence du diabète est également en pleine expansion, et un doublement (de 3 à 6% en moyenne) est attendu d’ici 2010. Dans le monde, le nombre de sujets atteints de diabète va passer de 135 millions à 300 millions dans les 25 ans qui viennent [3]. Les facteurs d’environnement jouent un rôle majeur dans cette explosion.

 

A la Réunion, la plus forte prévalence est à relier avant tout à l’évolution rapide des modes de vie dans les dernières décennies. L’île a subi des transformations majeures de société depuis la départementalisation en 1946, après la période difficile des années 1940, et depuis l’amélioration des transports et des échanges aériens (années 1960) concomitante de l’implantation progressive des caractéristiques de notre société moderne : développement des grandes surfaces et de la consommation de masse, développement des transports individuels. L’augmentation de la prévalence du diabète, attribuable à la fois aux changements démographiques et à la croissance de l’obésité due au mode de vie moderne et sédentaire, n’est que peu dépendante d’une hypothétique prédisposition génétique : l’explosion récente des anomalies métaboliques à la Réunion comme dans le monde, est survenue trop rapidement pour que l’on puisse incriminer une quelconque modification du pool génétique. La population de la Réunion est multiethnique, et le métissage est important. De plus, il faut tenir compte des composantes culturelles propres aux différentes origines ethniques de l’île : européenne, africaine, malgache, indienne, chinoise. Surtout, plus que l’origine ethnique, la classe socio-économique est un facteur prédominant de risque d’obésité et de diabète. En fait, pour certaines populations, et possiblement à la Réunion (comme par exemple les Indiens), il est fort probable qu’il y ait une intrication entre un génotype ancien et les facteurs modernes d’environnement, au premier rang desquels la diminution de l’activité physique et l’alimentation à densité énergétique élevée. Ainsi, en 2001, 50% des adultes à la Réunion présentent une surcharge pondérale (index de masse corporelle >25kg/m2) et 10% des hommes, 20 à 30% des femmes selon l’âge, une obésité (IMC>30kg/m2 ; données REDIA). La relation causale entre masse grasse viscérale, anomalies métaboliques, et diabète est maintenant établie. L’obésité abdominale, définie par l’excès de masse grasse abdominale [4], évaluée sur le tour de taille, est présente chez 18% des hommes, et 38% des femmes de plus de 30 ans. Chez les patients diabétiques, ces proportions atteignent 48% des hommes et 84 % des femmes de plus de 30 ans.[1] Les autres éléments du syndrome métabolique sont également fréquents à la Réunion : anomalies lipidiques (40%), et HTA (35 % des adultes non diabétiques). À côté de la nécessaire adaptation de l’offre de soins, les efforts actuels de prévention primaire et secondaire, dans les quartiers, les hôpitaux, et en médecine de ville, trouvent ici toute leur justification, surtout si l’on rappelle l’efficacité des actions d’éducation visant l’alimentation et l’activité physique [5].

 

Concernant les complications cardiovasculaires, 4% des sujets non diabétiques âgés de 30 à 69 ans, et 13 à 18% en cas de diabète présentent des antécédents coronariens ou vasculaires cérébraux (données REDIA et Assurance Maladie). Parmi les patients des réseaux diabète, une cardiopathie ischémique est connue, chez 14% des diabétiques traités par ADO et 30% (dont 6% ont bénéficié d’un pontage ou d’une angioplastie) des diabétiques insulino-requérants. 38,8% des patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque, angine de poitrine, ou IDM sont diabétiques, et sur 1484 maladies coronaires explorées par coronarographie en 2002, 52,6% étaient diabétiques.

 

 

[1] Favier F, Jaussent I, LeMoullec N, Debussche X, Boyer MC, Schwager JC, Papoz L. Prevalence of Type 2 diabetes and central adiposity in La Réunion Island, the REDIA Study. Diabetes Res Clin Pract, 2005, 67, 234-242.

 

[2] Ricordeau et al, Diabetes and Metabolism, 2000, 26, 11-24.

 

[3] King H et al, Global burden of diabetes , 1995-2025 : prevalence, numerical estimates, and projections. Diabetes Care 1998, 21, 1414

 

[4] Desprès et al, Role of deep abdominal fat in the association between regional adipose tissue distribution and glucose tolerance in obese women, Diabetes, 1989, 38, 304-309

 

[5] Tuomilehto J et al, Prevention of type 2 diabetes mellitus by changes in lifestyle among subjects with impaired glucose tolerance, N Engl J Med, 2001, 344, 1343-1350.